Qui êtes-vous ?

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un regard, une pensée, une envie de connaitre , de me connaitre, de reconnaitre...Un bonjour d'un autre monde... celui du bonheur, du malheur... celui de la vie...celui de l'écriture,du récit...

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jeudi 16 février 2017

J’ai cherché, tu m’as trouvée.

J’ai cherché tes chaussettes trainant sur le parquet,
J’ai cherché quelques miettes de  ton déjeuner,
J’ai cherché mon café sur la table de chevet,
J’ai cherché ton regard, trop souvent courroucé,
J’ai cherché tes outils, tes livres, tes mots croisés,
J’eus beau tout retourner
Je n’ai rien retrouvé.

Toutes ces nuits d’insomnie nous avons conversé
Nos rêves et nos peines nous avons recréés
Tu as lu sérieusement ton poète préféré
J’ai moqué "sérieusement" ton émotivité,
Tu sais, je me sens seule à tout réinventer.
Il y a trop longtemps…
Je veux te retrouver.

Ce matin ils sont là, nos enfants, nos amis,
Et je te cherche encore pour mieux les accueillir,
Ils ont l’âme si triste, qu’a-t-il pu se passer ?
Ils parlent doucement, comme pour se recueillir…
Toi, tu me tiens par la main et me donne un baiser.
Je ne te cherche plus,
C’est  toi qui m’as trouvée.

A mes parents,

mardi 14 février 2017

Retour...

Est-il possible à nouveau d'exister...
Après 6 longues années d'absence?
Toute une vie qui change,
Et qui reste la même.
Il me faut éclairer tout autrement mes peines
Et revenir enfin à ce qui me soutient.
Aurais-je enfin compris
Tout ce que je recherche?
Comme mes amis me manquent
Même s'ils sont virtuels.
Une vie qui s'en va
Une autre qui revient.
Une sérénité que je veux cultiver,
C'est l'âge direz vous ...
Joli mot "d'expérience",
ou simplement désir de nouveau me livrer
être encensée ou huée,
du bonheur retrouver.

lundi 6 décembre 2010

Anne, ma soeur Anne...(5)

« Pleure Anne, pleure, jolie petite enfant fragile »
Mais qui donc lui caresse doucement les cheveux ? Qui donc lui dépose un baiser léger sur le front ? Qui donc lui donne, sans rien lui demander en retour…

La petite sœur, bien sûr, celle qui l’attend pour grandir, qui lui montre le miroir, qui semble avoir tant besoin d’elle, et tant à lui apporter !
Mais Anne n’a besoin de personne pour se battre.
Qu’en sais tu, belle malade, c’est peut être cette caresse et ce baiser qui…
Non ! Non ! Anne se bat seule, pour elle, contre elle, contre la maladie, contre le sort qui s’acharne !!!!
Elle ne sait pas vraiment pourquoi elle se bat, mais c’est la seule chose qu’elle sache faire…

Et…après des jours et des jours de souffrance et d’agonie, des mois de douleur et de découragement, contre toute attente, contre tout avis médical,
L’espoir pointe le bout de son nez…

- Mademoiselle…Je ne sais quoi vous dire … C’était impensable…C’est arrivé…Ca arrive parfois, rarement, vous êtes…C’est extraordinaire… Je ne dis pas guérie… Mais…

Anne le regarde… Non ! Elle le défie du regard ! Pas de merci ! Non ! Surtout pas, ce n’est pas lui qui a vaincu …

La petite sœur est là, souriante, son miroir est debout !
Debout ? Oh, petite sœur …

Anne titube encore, sur un amour disparu, une mère épuisée, un père inexistant, une sœur adoratrice, un frère (ah oui ? elle a un frère !!!!), une vie à apprivoiser…

Anne, ma sœur Anne…

Jour après jour, épreuves après épreuves, d’espoirs en déceptions, Anne reprend les rênes de sa destinée (tu te souviens petite sœur, quand nous galopions sur la plage ? comme ce temps là est lointain !).
Hier est passé, demain est ailleurs, aujourd’hui ?… c’est l’éternité…

Pour tous, Anne a changé.

Pour elle, non, elle vagabonde toujours dans ses rêves de pouvoirs, de domination…
Sa froide lucidité, ne se trompe pas sur les regards qu’elle croise.
Elle sait que cet oiseau fragile n’inspire guère de crainte. Elle sait que chacun la plaint, elle sait aussi qu’elle ne le supportera pas ! Elle sait aussi que la sollicitude des autres lui fait du bien et …que, peut être, elle pourrait essayer…
Elle pose doucement la tête sur l’épaule de la petite sœur.
Oui, elle va essayer, sait on jamais, peut être existe-t-il une « espèce » de bonheur compatible avec elle !!!! Une petite lumière qui s’allumerait…

Tout est bien.

vendredi 28 mai 2010

Anne, ma soeur Anne...(4)

Et c’est la maladie qui lui tombe dessus …
25 ans… Condamnée.
Les médecins sont unanimes, ils ne donnent pas cher de sa peau.
« Non, mademoiselle, le cancer est trop avancé…
- Non on ne peut pas opérer…
- Oui, une chimio, bien sûr, mais ce sera dur, très dur et…
- Bien sûr, on peut essayer !

Pour l’espoir, vous repasserez…
Mais Anne…
Vous l’avez déjà vu abandonner, vous ? Non, moi non plus !
La petite fille avide de pouvoir résiste, se bat, souffre, ne se plaint jamais.
Ce combat qu’on lui présente perdu d’avance, elle le livre, jour après jour. Elle sait qu’elle ne va pas le gagner, on le lui a trop répété pour qu’elle en doute, elle n’est pas idiote non plus, mais elle sait qu’elle n’a jamais cédé et qu’elle ne cédera jamais !!!
Têtue la gamine !!!
La seule d’ailleurs, autour d’elle plus personne ne la craint, plus personne ne l’admire, Don Quichotte et ses moulins à vent… Elle est pathétique !

A l’hôpital son père vient la voir.
Oh ! Ce silence !

Elle ne veut pas lui parler.
Surtout, ne pas lui crier sa haine à la figure, ni sa douleur, ni… ni…
Mais Anne est une personne. Simplement une personne, forte certes, mais un être humain!!!
Un être humain qui va mourir...
Qu’est ce qu’on fait dans ces cas là ? Comment se comporte-t-on avec un père qui vous a ignoré pendant 11 ans ? Un père qui ne vous a pas réclamé ? Vous non plus d’ailleurs, mais…c’est lui le père !!! Zut !
Elle lui demande de sortir…
Il insiste…
Elle hurle, louve blessée. Elle crache son venin, vipère pitoyable. Elle griffe, tigresse déplorable. Elle ne pleure pas, petite fille violée…
Elle ne voulait pas, elle voulait le couvrir de son mépris, montrer son indifférence, et c’est sa haine qui révèle son amour trahi, sa douleur d’enfant abandonnée.
Il n’a pas compris.
Il est parti.

Anne se calme, des larmes emplissent ses yeux, il va revenir, c’est obligé , il doit revenir…
Il ne revient pas.
C’est quoi un père ?

Seule, comme souvent, comme toujours...
Et dans le silence de ce lit d’hôpital, Anne pleure…

Tout est bien.

dimanche 4 avril 2010

Anne, ma soeur Anne...(3)

Anne traîne un peu partout, un peu sur tout, excès en tout genre…
Son frère dérive depuis longtemps.
Mais qu’en dire…il y aurait à dire…Si quelqu’un s’intéressait à lui…
Anne ne le voit plus beaucoup…
La petite sœur ? Le miroir n’est pas brisé, dommage, elle aurait peut être pu s’en sortir !
Pas de chance pour elle non plus, l’attraction d’Anne est presque intacte.

Et un matin…
Si, si, un matin, un matin comme un autre, enfin il était comme un autre avant qu’il ne devienne « le matin » !!!
Je disais donc :

Un matin, c’est l’amour qui la cueille au saut du lit, elle, Anne, la vilaine, le garçon manqué…
Eh oui l’Amour…
Elle va y croire Anne, comme toutes les filles de son âge, comme toutes les femmes…
Ou sont les violons ???

Un bras cassé comme elle, bien sur !
Mais, qu’importe, ils y ont droit ! Non ?

Ensemble, ils se réparent tant bien que mal. Elle plutôt bien, lui plutôt mal.
Elle ça va bien, lui ça va très mal, alcool, drogue, dépression…
Anne, ma sœur Anne …Non elle ne voit rien venir…elle est mal, elle pense même à en finir
Quelle vie ! Trop nul !!
Anne est là, pour lui, pour eux…
Elle le porte.
Une impression de déjà vu ? Se laissera-t-elle porter un jour ?
Ils sont heureux, pense t elle.
Bon, ok ! On n’est pas dans Alice au pays des merveilles…

Tu te souviens petite sœur quand maman nous racontait… le lapin…la reine des cartes…
Tu ressemblais à Alice toi, mais moi ? Moi ?
Pas facile d’être dans un conte pour enfant, quand on n’est pas celle que chacun voit, quand on ne pense pas que la vie sera belle, que la vie sera rêve…
Alors pourquoi divagues-tu Anne, ma belle, la vie est bien comme tu la pensais petite.
Moche, oui moche !!!
Cauchemar ?

Oh non ! Faudrait voir à ne pas exagérer, Anne, tu aurais pu naître dans les faubourgs de Calcutta !!!
Aller, on y retourne.

Anne est heureuse, elle aime, elle soutient, elle retient.
Il s’en sort…des fois … il retombe…souvent
Comme d’hab, elle est là…
Petite enfant fragile, perdue dans un monde minable qui commence à la dépasser, portée par une haine qui ne fait que la dévorer. Jamais, au grand jamais elle n’implorera une épaule pour pleurer.
Fier petit soldat, fusil au poing, pars pour le combat !
Quelle énergie !

Il est au fond du trou…

Elle le quitte!

Non, elle ne l’abandonne pas, elle se préserve, elle s’épargne.
C’est nouveau pour elle, elle a écouté des voix autour d’elle, c’est la première fois.
Ça fait drôle... C’est pas mal quand même.
Elle n’a pas pleuré, elle n’a pas cherché d’épaule, elle a seulement écouté.
Ce n’est plus son histoire…

Un autre demain va s’ouvrir.
Un demain comme …

Tout est bien.
Mais pour Anne rien n’est jamais comme ce devrait être !

samedi 6 mars 2010

Chomeur excusable

rien que pour rire

J'ai longtemps travaillé à Limoges
Puis j'ai été limogé...

J'avais retrouvé un boulot à Vire
Mais j'ai été viré...

Puis j'ai oeuvré à Lourdes
Et j'ai, malheureusement, été lourdé...

On me propose un job à Castres
J'hésite...

dimanche 28 février 2010

Anne, ma soeur Anne...(2)

Chaque jour succédant à lui-même, Anne grandit… se pliant aux règles, pour ne pas les épouser et pour ne pas les transgresser. Futée, elle a vite compris qu’il ne servait à rien de provoquer l’adulte, c’est lui qui a le pouvoir.
Car peu à peu Anne prend conscience que c’est le pouvoir qu’il lui faut conquérir. Elle sait qu’elle en possède déjà beaucoup, sur ses camarades qui ne prennent aucune initiative sans lui en parler, sur son père qu’elle mène par le bout du nez, qu’elle achète d’un sourire ou d’une minauderie, ce qui agace son frère au plus haut point. Celui là il est comme sa mère, pas dupe ! Mais sa mère, elle la tient par l’amour « maman, j’ai besoin de toi … Maman, je t’aime.. ». La toute petite sœur n’en parlons pas, Anne remplace pour elle tous les miroirs du monde, même celui de blanche Neige !!!Vous le croyez çà ?

Voila, Anne grandit.

Elle est une jolie jeune fille, pas vraiment belle mais intéressante, incontournable, pas cultivée, pas franchement instruite, pas diplômée, pleine de ressources.
Des copains, des amants…Pas d’amoureux.
Pas d’amoureux ? Quoique…
Enfin …Mais à quoi bon, IL ne la voit pas !!!
Les garçons la craignent, pas terrible pour l’amour avec un grand A !
LUI, il ne la craint pas, il ne l’a pas vue, tout simplement…
Anne oublie, elle n’est pas fille à s’écouter, et, tant pis pour lui !!!
Il ne saura jamais à quoi il a échappé !!
Elle n’est pas loin de penser « tant mieux pour lui ! »

Son père est parti. Une jolie jeune femme (« une pétasse !!! ») est passée par là. Il l’épouse, lui fait aussi trois enfants. Jalouse, Anne ne veut pas les voir, ne veut plus le voir, et lui, ça l’arrange…

Tout est bien.

Sa mère fait ce qu’elle peut, et ce n’est pas grand-chose, petits boulots, petits revenus… Elle n’avait jamais travaillé, il ne voulait pas …Elle n’est pourtant pas inculte cette maman anonyme, issue d’un bon milieu (elle aussi), quelques études, une évasion par la lecture, beaucoup d’illusions vite oubliées, remplacées par les maternités rapprochées, elle les aime ses petits, enfin elle croit, mais ce n’est pas cela qui la fait avancer… D’ailleurs qu’est ce qui la fait avancer ? Qu’est ce qui peut faire avancer une jolie jeune femme dans cette ville rétrécie ? Dans cette époque ou l’homme est Roi, et la femme Maman !
Elle ne le sait pas.
Alors, elle avance.
Et les jours se suivent …et se ressemblent.

Tout est bien.

vendredi 26 février 2010

Anne, ma soeur Anne...

Ce titre n’est qu’une référence littéraire, Anne n’est pas ma sœur, elle n’est personne où plutôt elle est tant d’êtres à la fois…des êtres d’hier, d’aujourd’hui, de demain… Elle est un peu celle que nous avons connu, que nous connaissons, que nous connaitrons…Elle est multiple…
Son histoire vous est livrée par épisodes...

Anne est une enfant comme tant d’autres. Elle grandit dans une famille sans histoire, français moyens plus, pas aisés, non, mais loin des pauvres quand même.
La mère ne travaille pas, enfin, c’est le terme pour dire qu’elle reste à la maison pour s’occuper des enfants !

Il y en a trois, Anne est l’ainée, un frère légèrement plus jeune et une petite sœur, à peine née, et déjà l’adoration de son père.

Le père, bonne situation, bon salaire, bel homme. Pas vraiment bourgeois dans cette ville de « robe », mais salué sur son passage.
Bel homme, disais-je, surtout, le sachant, usant sans complexes de ce charme voyant, ne rejetant jamais les avances, en particulier celles de ses collègues (souvent plus jeunes, bien sur), pas harcelant non, dégustant, savourant, tout simplement.

Tout est bien, donc.

Anne va à l’école, y travaille moyennement, s’y bagarre allègrement, c’est qu’elle a de la personnalité la petite fille !
Oui ! Et elle ne laissera personne en douter, les autres enfants s’en accommodent et cela lui confère une certaine popularité.

Les années d’écoles passent ainsi, sans heurts, sans éclats non plus
- Anne ! Ton cahier ?
- Oh ! Monsieur, je dois le recopier, ma petite sœur a renversé son chocolat ce matin et mes feuilles sont toutes maculées…
- Ah, cette fois c’est du chocolat ? n’oublies pas pour demain…

« Cette petite a beaucoup d’imagination ! » lance le maître à son collègue.
« Oui, mais elle ne travaille pas beaucoup, qu’allons nous en faire ? »

- Monsieur ? le film là sur votre bureau, c’est pour nous ?
- Non, répondent en chœur les deux enseignants, c’est pour Nous !!!
- Tu vois, fanfaronne Anne à son voisin, je te l’avais bien dit, les films « PourNous » c’est pas pour les enfants !!!! Papa dit ça aussi !!!

Les deux instituteurs ouvrent de grands yeux étonnés,
- Je crois qu’il faudrait quand même faire quelque chose, le chocolat et maintenant, les films pornos…C’est plus que de l’imagination !
- Que veux tu faire, c’est un bon milieu…et ici…il vaut mieux ne rien avoir entendu !

La routine…Tout est bien. ( à suivre...)

jeudi 25 février 2010

Maternité (3)

Les trois marches de la vie : courage, amour, pardon…

Tête haute, buste droit…
Petit
Tu vas grandir…

Quelle envie de partir à l’assaut de la vie,
Qui finit toujours mal,
Te pousse aujourd’hui ?

Il te faudra gravir
Les marches
Des années.

Tu connais les plaisirs trop vite satisfaits…
Il faudra « le courage » pour les organiser, voire les affronter !

Tu connais les désirs faciles à assouvir,
Mais un jour c’est « l ‘amour » qui viendra te frôler…

Et seul tu sauras,
Si tel le renard,
Tu veux l’apprivoiser !

Et plus tard, quand la vie t’aura tant apporté,
Quand comme la bougie tu seras consumé,

C’est « le pardon »
Alors, qui fera
Avancer,

Ce tout petit enfant
Qu’un jour tu as été,

Ce tout petit enfant
Qui, en toi, est resté.

samedi 20 février 2010

Maternité (2)

Petit soleil mouillé
Petit arbre de pluie
Je te veux si joli
Que je te dénature,
Je te veux si poli
Que je te rends plus dur !
Jeune pousse ébahie,
Jeune plante insoumise
Je ne veux pas mourir !
Et te laisser grandir
Pour moi c’est disparaître !
Quel est donc ce tracas,
Qui gère le paraître,
Et au fond de mon âme
Ne trouve pas mon être !
Où est il oublié ?
Que suis-je devenue
Quand tu es apparu ?
Petit cadeau de chair
Qu’as tu donc révélé
Qui développe en moi
Ces désirs inavoués ?
Quelle louve égoïste
Te couve
Et te protège
Pour mieux te posséder…
Quelle prédisposition ?
Elever cet enfant
Est-ce le rendre grand ?
Ou le mettre plus haut
Rien que pour l’adorer…
Et le voir
Un beau jour
S’envoler et s’enfuir...
Et donc devenir mère
Est-ce un peu en finir ?
Non !!!
Petit être de bois
Pinocchio impossible,
Non !!!
Je ne pourrais pas,
Petit enfant fragile,
Te donner cette vie
Pour la rendre ici bas
A l’adulte insensible
Qu’un jour tu deviendras !

samedi 6 février 2010

Il a 16 ans...

Au mois de novembre 2008, je publiais ici un texte intitulé "il a dix ans...", Oxygène attendait la suite...Michelaise pensait que ce serait pour ses 11 ans... et Dan doutait gentiment de mes capacités...( sourires)!!
Alors voilà, Il a seize ans...Le temps est impalpable au pays de Korrigane...

Il se réveille…
Ce matin n’est pas un matin comme les autres,

Il a seize ans aujourd’hui…
Seize ans…

A cette pensée, c’est la tristesse qui l’envahit.
Dans la cuisine, sa mère lui murmure un « Bonjour » gêné, presque angoissé…
Elle n’est pas d’accord avec cette décision, elle, qui parle si peu, a tout essayé,
Elle a plaidé pour lui, elle a usé de tout son vocabulaire, pas très étendu c’est vrai, mais porté par une conviction sans faille…
Cette conviction que seule une mère…
Lui seul pourrait…
Mais le père ne veut rien savoir !!!!
Lui, il le sait, la mère aussi.

Il a seize ans aujourd’hui.

Le silence oppressant s’installe dans la cuisine, il se lève, enfile son blouson et s’en va…
Il ne se retourne pas, il murmure un « R’voir », ou elle devine comme une pointe de rage,
Oh pas contre elle, elle le sait… contre lui, contre son père, contre le sort, contre la vie que l’on mène ici, un grand sentiment d’injustice…
Mais c’est comme ça …Ah quoi bon… Un jour peut être il pourra…

Il marche vite, très vite, ce n’est pourtant pas nécessaire, il n’est pas en retard, mais Mr Barett ne va pas être content, alors …autant en finir rapidement.

Il entend déjà, il connait toutes les répliques, la pièce a déjà été jouée, toutes les scènes ont été explorées, rien, non rien ne peut plus être changé.

Il a seize ans aujourd’hui…

Ca y est, il est face à « Lui », son maître, son mentor, presque son ami, le seul qui ait misé sur lui, lui, l’émigré, le voyou… Il bredouille, il se sent stupide…

- Je…au revoir… et… »

- Non !!! Ce n’est pas possible ! Tu ne peux pas partir comme ça, ils ne peuvent pas te faire ça ! Tu es un très bon élève, tu as de grandes capacités, j’ai promis de t’aider, de les aider, de t’encadrer, de te superviser, de te préparer à tous les concours, à tout ce que tu pourras désirer, et tu en a des désirs, des idées pour ton avenir, nous en avons souvent parlé, je te connais , ils m’avaient promis de te soutenir, ils n’ont pas le droit de t’abandonner … »

Le ton posé et calme de son maître l’impressionne, lui fait venir des larmes qu’il s’efforce de refouler, il ne réussit qu’à répondre en maîtrisant un sanglot :

- Au Revoir »

- Attends ! Tiens, prends mes coordonnées, dés que tu le peux…Appelle moi,
Je serai là …Il ne sera jamais trop tard, garde confiance… Moi, j’ai confiance en toi. »

- Au Revoir, et …Merci ! »

Il a seize ans aujourd’hui.

samedi 16 janvier 2010

Neige

Silence inhabituel
Où est l’agitation
De ces petits matins…
Le voisin ne part pas ?
Ce jour est-il férié ?
Même les éboueurs …
Je dormais donc si bien ?
Les ai pas entendus !!!
Et la lumière blafarde
Qui diffuse partout,
Au-delà des persiennes ?
Que se passe t il donc ?
Trop tôt ?
Pourtant dans la pénombre
Les chiffres rouges annoncent bien…
Comme d’habitude…
J’ouvre l’œil toujours
A la même heure
Depuis que je ne suis
Plus obligée de l’ouvrir.
Oh ! Ce silence !!!
J’entrouvre les volets…

Oh! Blanc immaculé !
Tempête de flocons
Tous les bruits effacés
C’est donc l’explication !
C’est dans un autre monde
Que je suis transportée…
Même les rires des enfants
Qui partent pour l’école
Ces boules de coton
Semblent les avaler.
Doucement,
Ne voulant pas troubler
Ce silence rassurant,
Je ferme la fenêtre, et…

Comme le paysage,
Encore anesthésiée
Je porte à mes lèvres
Ma tasse de café !

vendredi 15 janvier 2010

Cadeau de Noël

Petit cadeau du cœur,
Petit être joueur,
Joie de te caresser
Je ne peux te garder…
Le cristal qui se brise
Vacarme insupportable
Martellement entêtant
Qui donc encore ici
Pourrait être détruit ?
Petit cadeau du cœur,
Porteur, dans tes
Yeux, des graines
De discordes…
Je ne peux te garder…
Ne plus jamais avoir
Telle responsabilité,
Quelle image
Reçoivent
Ceux que nos cœurs adorent ?
Quel moi, quels désirs
Ai-je donc suscité ?
Petit cadeau du cœur
Tes grands yeux me regardent,
Je ne peux te garder…
Qui a pu à ce point choisir sans hésiter
Tout ce bonheur trompé ?
Déception, tristesse
Et incompréhension.
Les mots ne passent plus
Les regards même se fuient
Il faut briser alors
La tension qui s’installe!
« Bon !!! c’était une erreur,
Allez n’en parlons plus … »
Mais au fond de nos âmes
La blessure est réelle
Et aucun en ce jour
N’oubliera ce noël…

jeudi 14 janvier 2010

Petit Félin

Petit félin, tout beau tout gris
Je t’appelle et tu fuis...
Je te cherche partout,
Où as-tu disparu ?
C’est un bouchon pendu
Qui te ramène à nous,
Attention petit fou
Noisette tout près te guette
Que peut-elle donc penser ?
Quand sur son territoire
Tu sembles t’installer.
Tu es bien sûr de toi
Bien que très apeuré,
Entre le frigidaire
Et le panier d’osier,
Tu observes…
Et soudain le miroir
Te renvoie ton reflet, et là…
C’est la panique
Tu cours, tu cognes,
Te perds, te retournes, hésites,
Miaulements déchirants,
Viens, viens,
Mon tout petit
Même Noisette si calme
Serait presque affolée…
Et sans raison aucune
Tel objet insolite,
Capte ton attention et
Tu reprends l’affut,
Attitude instinctive
Qui te viens de si loin,
Innée, jamais apprise…
Et l’esprit détourné, tu reviens doucement…
Là, des genoux avenants
T’écoutent ronronner,
La seconde passée, tu dors…
Et me voila coincée,
Pour ne pas t’effrayer
Attendre pour bouger
Que tu sois réveillé…
Et Noisette,
A mes pieds
S’est lovée
Et ronronne,
J’aime à croire…
Apaisée…

vendredi 8 janvier 2010

Solitude

Un homme écrit, assis seul dans une chambre.
Que le livre parle de solitude ou de camaraderie,
il est nécessairement un produit de la solitude…

Paul Auster
« L’invention de la solitude »

lundi 4 janvier 2010

Beethoven

Quels êtres enchanteurs nous côtoient lors d'un concert...

Nous sommes dans la foule…viens c’est par là …vite…ouf ! Assis ! Enfin !
Plus un bruit…les secondes s’égrènent, on dirait des heures…Ce silence est assourdissant, le rideau s’ouvre…
Grandiose ! Tu presses ma main…
Là devant nous, tous ces musiciens ? Combien peuvent-ils être ? Noir et blanc, blanc et noir…
Applaudissements.
Le chef d’orchestre frappe son pupitre de sa baguette : «Messieurs…

Toujours ce silence…

Et les premières notes envahissent l’espace…la pression de tes doigts se fait plus légère, nos yeux se croisent, nos souffles s’effacent, nos cœurs se mettent au diapason l’un de l’autre et de la musique, nous communions dans une extase qui semblent n’avoir ni commencement ni fin…

L’univers n’existe plus …
Le temps n'existe plus...

La 9eme symphonie… LA 9eme…
Les Folles Journées …

Les dernières notes...

Comme le plongeur qui remonte d’une apnée prolongée peu à peu la réalité reprend ses formes, le décor réapparait, nos sens, un moment occultés, retrouvent leurs fonctions, un sourire gêné, un baiser furtif, tes doigts s’accrochant aux miens,
Pas encore les mots…

Il faut revenir … à nouveau le silence !
Une vague s’élève … une foule debout…un tumulte monte de la salle précédant un tonnerre d’applaudissements…
Pas encore les mots…
Rappels…
Rappels…

La scène se vide, tout cela semble encore irréel, chacun n’ose bouger, n’ose rompre la magie…

Et peu à peu l’un se lève, un autre, et puis tous…

Tu me regardes... et ensemble nous ne trouvons rien d'autre que : « waouh…. »
Quelle émotion !

Ça y est le charme est rompu ! Ouf ! La pression peut retomber, les mots peuvent revenir troubler l’enchantement…La foule est encore sage mais très vite elle va se réveiller…Nous bousculer, nous ramener vers une réalité oubliée…

« Ton papier !!! »

Comme par miracle, les mots viennent seuls s’imprimer… « Merveilleux…Envoutant…Stupéfiant…Magique... »
Bel article !!!
Folle Journée

dimanche 3 janvier 2010

Petits êtres du grand chêne...

Un jour une amie me propose 5 photos et me dit " voila , regarde et ....écris ce que tu veux...", dur dur!!!, longues séries de recherches , rien... et puis, le déclic, période de Coppenhague, il en est sorti cette nouvelle; ( avec les photos c'est mieux! non?)

PetitSol’ et PetitBruin’sont deux amis, ils vivent dans le grand chêne de l’allée, près de la maison de Martin.
Martin habite quelque part dans un pays du nord, là où il ne fait jamais vraiment beau, là où le ciel est souvent assombri et l’atmosphère souvent brumeuse, là où le soleil se fait rare et la pluie plus fréquente.
Bien sur si Martin avait habité un pays de soleil et de sécheresse, l’histoire eut été quelque peu différente… et si semblable …

Mais quelque soit son lieu de vie, Martin est un enfant qui a beaucoup d’imagination…
PetitSol’ et PetitBruin’ en sont ils le fruit ?

PetitBruin’ est gai, enjoué, rieur, d’une vitalité enviable, tout à l’opposé de PetitSol’, si triste, si mélancolique…

Martin est inquiet pour PetitSol’, il sait que ses besoins vitaux ne sont pas satisfaits, et il le sent dépérir un peu plus chaque jour sans savoir que faire.

Car voila justement, ce qui tourmente Martin, jour après jour… Ses deux amis ont des besoins très différents. Pour PetitBruin’ c’est simple, il a besoin d’eau pour vivre et de l’eau il en trouve dans la rivière qui coule un peu plus loin de la maison de Martin.
Chaque jour, en allant à l’école, Martin emmène PetitBruin’ au bord de l’eau, il le laisse s’y ébattre quelques minutes et la vie de PetitBruin’ peut continuer à sourire.

Pour PetitSol’ tout est plus compliqué. Pour vivre il a besoin de soleil !
Mais le soleil n’est pas comme l’eau, il n’est pas présent chaque jour quand Martin part à l’école, et même parfois il reste plusieurs jours sans se montrer, et PetitSol’ dépérit.
Les matins où Martin aperçoit le soleil derrière le rideau de sa chambre, il se dépêche d’aller chercher PetitSol’, de l’emmener au milieu de la cour, de le regarder s’ébattre, se gorger de cette nourriture si rare.
Ces jours là les trois amis sont les plus heureux du monde et vous pourriez presque les entendre rire depuis la cour l’école…

Martin aimerait aider davantage PetitSol’ et il est très malheureux de ne pouvoir faire plus. Il aimerait tant voir ses deux amis rire et jouer tous les jours, comme ces jours de grand soleil.
Il aimerait voir la vie de PetitSol’ sourire comme celle de PetitBruin’.
Mais dans cette région pluvieuse, le soleil de fait rare, et lorsqu’il se montre, il jour à cache-cache avec son copain le grand château d’eau.
Martin sourit en pensant que PetitBruin’ n’aime pas le grand château d’eau, il n’aime pas imaginer que celui-ci met l’eau en prison…

En prison…

La voila l’idée !!!

Martin se précipite à l’école, réquisitionne les ardoises de tous ses copains et fabrique un immense panneau solaire au beau milieu de la cour.
Et il attend…

Il attend…

Une seule journée ensoleillée, et toute cette lumière emprisonnée dans ce magnifique panneau de la cour va permettre à la vie de PetitSol’ de sourire pour longtemps…
La nuit peut tomber, Martin peut enfin s’endormir, dans la grande maison au bout de l’allée, pas si loin du grand chêne, en rêvant de ses copains… PetitSol’ et PetitBruin’ sourient, demain sera encore une belle journée, même si le soleil ne brille pas derrière les rideaux, même s’il ne joue pas à cache-cache avec le château d’eau…

Leur copain Martin est un génie, le génie de tous les PetitSol’ et les PetitBruin’ du grand chêne, de tous les Petit’… de la nature !

jeudi 26 novembre 2009

ECRIRE...

c'est quoi le désir d'écrire...


Parfois vous êtes pris d’une irrépressible envie d’écrire…mais écrire quoi ?
Vous ne savez pas et le pire…la feuille blanche vous nargue …quoique vous fassiez l’inspiration ne vient pas !

Alors, vous feuilletez des journaux, des revues, des livres…vous aimez écrire donc pas de problèmes ça va venir !

Rien ! Pas la moindre image qui inspire, rien…

Avec persévérance vous alignez trois mots …ils sonnent faux, vous le savez, vous insistez…
Rien ne se passe !!!

Ne laissez pas la déception, le dégout, le doute s’installer.

Allez ! On se concentre… regardez autour de vous, oui ! c’est bien, ce lieu est plein de souvenirs, chaque objet a une histoire, il va la raconter, oui, regardez, insistez…

Là cette petite boite …
Ca y est, vous êtes aux puces, il regarde ailleurs, il est absorbé dans l’étude d’une reproduction, la signature de l’armistice dans la clairière de Rethondes, et toi tu ne vois qu’elle.
Cette boite, cette petite boite, un émail parfait, un vert, tu n’as jamais vu un vert pareil, un vert comme seuls les artistes du siècle dernier savaient produire, d’ailleurs un vert comme ça, ça n’existe pas…
Et tu vas l’acheter, cher…trop cher, quand il va se retourner, voilà, tu lui offriras, tu as les yeux pleins de paillettes, tu la vois déjà sur son bureau…
Et voila,
Il t’a remercié, un peu surpris, la couleur ? Ah, oui, elle est verte ?
Comme un vertige…
Et …plus rien !!! Tout disparaît...

Non, non, non pas maintenant, tu veux écrire, tu en a envie, si envie, ne partez pas les souvenirs, racontez-vous…
Zut Zut et Rezut, c’est trop bête, on se concentre, tiens !

L’encyclopédie…
Tu avais 20ans…une merveille qu’il faut posséder…qui donc disait cela et où était ce ?
Te ne te souviens même pas t’en être jamais servi...C’est nul !!!

Oh ! Le coffret argenté, il contient une jolie montre, oui, là, tu tiens ton sujet !

Tu l’as achetée un jour, un coup de cœur, pour lui, (pour qui ? là tu mets de la mauvaise volonté !! ils font quoi tes neurones ce soir ?)
Bon on continue, tu fermes les yeux, tu imagines, tu ne sais plus pour qui, mais depuis tu rêves de l’offrir, oui !!! mais à qui ?
C’est vraiment trop bête !!!
Et c’est idiot d’avoir choisi une montre, bientôt la pile sera usée et elle sera toujours là, sur l’étagère… idiot !
Raté, là tu n’accroches pas non plus !

Les souvenirs s’entrechoquent, se mélangent, refusent de s’ordonner sous la mine de ton crayon…
Alors ?
Tu fais quoi ?
Tu as toujours cette envie de créer, de raconter mais …rien ne vient…
A étouffer… entre ce désir qui te prend, plus charnel qu’un désir amoureux, plus fort plus intense, écrire, parler, raconter, inventer, témoigner, dire…
Et…RIEN…

Et…tout à coup, tu réalises !
Les mots quels qu’ils soient … sont des mots,
Et tu vois là, ils sont venus,
Ils sont venus pour dire ce que tu ne sais pas dire, dire ce qui ne vient pas à dire…dire…rien…
Mais le dire,

Et déjà s’estompe l’envie d’écrire,
L’envie de dire, il semble que tu l’ai dit…

Les mots …MERCI

samedi 7 novembre 2009

K' Bahn

Oxygène a publié cette photo sur son blog et a demandé de s'exprimer dessus...
Mon imagination s'est emballée... j'ai vu Alice et le lapin blanc disparaissant entre les racines de l'arbre, j'ai vu les enfants du Monde de Narnia ouvrant la porte de l'armoire...
et j'ai déliré... ( vous me pardonnerez le Bahn allemand qui nous montre la voie...)




Petit être de bois caché sous ton chapeau,

Tes yeux mâles et femelles un peu trop rapprochés

Tu serres contre toi un visage éploré,

Que veux-tu donc cacher ?

Jolie petite K’Bahn ?

Je me prends à rêver …

Un monde merveilleux ?

Qui vous transformerait

Mesdames et messieurs,

En Elfes de Lumière,

Loin de cette forêt

D’angoisses et de ténèbres…

vendredi 2 octobre 2009

Qui es tu petite Juanita?

Après un voyage au Pérou, très impressionnée par toute cette culture Andine, j'ai eu envie de dialoguer, à cinq siècles de distance, avec une mystèrieuse petite Juanita...

Au milieu de la place, comme tous les autres enfants, avec ton amie Sarita, tu cours… heureuse, enjouée, épanouie, après cette boule de chiffons… et tu éclates de ce rire cristallin qui à chaque fois dessine un sourire sur le visage de Mira ta maman…
Tu ne cesses de rire, et le sourire de Mira se fige, se transforme peu à peu, ses yeux s’illuminent, la fierté la submerge, et la douleur aussi…
Elle t’observe depuis la terrasse de pierre de sa belle demeure de Cusco. La grande noblesse de sa famille est reconnue par l’Inca, cette noble famille a donné tant de religieux. Cette reconnaissance déifie la dynastie des ancêtres, et le choix de Juanita en est l’accomplissement.
Car Juanita, sa fille unique, la petite lumière de son cœur, a été élue par les prêtres pour porter, un jour, le message aux dieux…
Mais pour l’instant tu joues encore , petite Juanita, tu ris avec tes amies… Ne te presse pas de grandir… Mira sent qu’elle pourrait pleurer, même si… L’admiration l’emporte encore, en te regardant jouer tu es sa toute petite, sa fille, un jour , bientôt, demain , tu ne le seras plus, tu seras l’enfant bénie des Dieux.

Sur cette terre sacrée, au milieu des Dieux Mitsi, Ampato, Pichu Pichu… L’Inca veille sur son monde, osmose parfaite de l’humain et du divin…

Cette cérémonie dans le temple du soleil, cette toute petite jeune fille que tant de gens adulent, et portent en offrande, cette vie crée pour le bonheur de tout un peuple, c’est toi, petite Juanita. Toi qui hier jouait, insouciante avec Sarita (qui elle aussi, après toi, mais elle est encore si jeune …), et vos mamans respectives se tiennent par la main, peut être serrent elles un peu trop fort, se regardent, peut être un peu trop longtemps, que de sentiments contradictoires partagés en ces instants…
Les plus beaux tissus sont déposés à tes pieds, ta maman et les autres femmes brossent tes magnifiques cheveux noirs, elles te parent des plus fines étoffes incaïques dont les fils d’or et d’argent illuminent ton regard si pur et si confiant.
Tu as à peine passé tes dix ans, et te voici au milieu de ce temple, comprends-tu ce qui se passe ? Ta maman Mira qui te regarde avec tendresse a-t-elle trouvé les mots pour t’expliquer ? Oui, bien sûr, il y a des mots…Des mots pour te dire que tu devras porter le message aux Dieux, que tu as été choisie, que tu es la joie, l’ orgueil de ta famille… Mais au-delà des mots, comprends-tu petite Juanita ?
.
Combien de temps encore partageras-tu les jeux innocents des enfants de ton âge ?
Après cette cérémonie, Mira sait qu’elle te perd chaque jour un peu plus.
Encore un anniversaire, le dernier peut être pense Mira…Une cérémonie,
la dernière sûrement…
Déjà, tout autour de toi, tout s’accélère, le départ est pour demain.
T’ont-ils dit, petite Juanita, qu’il te faudrait aller si loin ?
C’est tout un cortège qui doucement escalade le flanc ouest du Volcan, une grande partie de ton village natal est là. Des hommes, menant des lamas, qui portent sur leur dos le matériel et la nourriture nécessaires à une ascension de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, et aussi toutes ces choses que tu apporteras aux dieux pour qu’ils t’écoutent, qu’ils t’entendent. Ces offrandes qui comme toi sont sacrées.
Des femmes veillant sur ton bien être, sur ton état mental, sur ton état physique aussi, ce voyage éprouvant pour tous, le supporteras tu, toi petite fille riche, choisie par et pour les Dieux. Derrière, suivent les musiciens, les religieux, les prêtres, tu entends leurs incantations, tu psalmodies avec eux, comme on te l’a appris…
Après plusieurs jours de marche, le cortège s’installe au pied du volcan. A 4950m d’altitude, un village prend vie, les hommes construisent des maisons pour se protéger du froid, les femmes cuisinent ce qu’elles ont emporté, viande de lama, pommes de terre…
Chacun mâche les feuilles de coca, contre le mal des montagnes, et chacun boit la chicha, cette bière de maïs que l’on t’apprend à aimer, mais pourquoi ? Tu grimaces un peu, pas trop, déjà la tête te tourne … Comprends tu petite Juanita ?
Quelques jours plus tard, c’est une troupe réduite qui t’accompagne sur le chemin des crêtes qui suit l’arête de la montagne sur plus de mille mètres de hauteur.

Un campement supérieur est installé à 6100m, le froid est mordant, tes pieds gèlent malgré les bandelettes… Des tentes sont dressées sur des tapis d’herbes transportées jusqu’ici, pour s’isoler de la neige et du vent glacial qui s’infiltre partout.
Il ne te reste que quelques membres de ta famille pour te soutenir. Et du soutien, tu en as besoin, petite fille épuisée qui serre sa poupée contre son cœur.
Quelles images passent dans les yeux de ta maman quand elle te voit aussi faible et souffrante, lorsqu’elle croise ton regard où la peur insidieusement s’infiltre…
Et ce matin, parée de tes plus belles étoffes, de ta jolie coiffe de plumes, quand tu commences à gravir le dernier sentier, avant le sommet, quels sentiments agitent ta maman qui te regarde t’éloigner ? Est-ce toujours la joie et la fierté ?
Seuls les prêtres t’accompagnent. Tu es seule, transie de froid, à demi anesthésiée par la chicha, la coca, les drogues…
Assise face au volcan Ampato, tu sens le sommeil t’envahir, tu te laisses emporter vers cet ailleurs où les dieux t’attendent… Tu te souviens du message…Tu vas leur dire…pour les récoltes…pour le vent...pour la pluie…pour les hommes…tu vas renaître…renaître…
Un monde nouveau s’ouvre à toi …
Maintenant tu ne vois plus rien, tu ne sens même pas le coup porté contre ta tempe droite.
Les prêtres te préparent , ils te protègent du froid en hissant un mur de pierre autour de toi, ils t’entourent de toutes les offrandes destinées aux dieux qui t’attendent, les bourses à coca, les vases à chicha, les lamas d’argent, les statuettes d’or, les poupées de chiffons, des poteries, des graines, des épis de maïs…
Ils vont redescendre, refaire le chemin en sens inverse… jusqu’au jour où…quand Sarita aura grandi…

Tu es restée là, seule, isolée, (en apparence seulement, car tu vis au milieu de ces dieux auxquels on t’a sacrifiée), pendant plus de cinq siècles, avant qu’un de tes compatriotes ne te découvre, guidé par la voix de ces mêmes dieux…
Ce sont bien eux, n’est ce pas, petite Juanita, qui ont réveillé le volcan Sacambaya, afin que l’on te retrouve ? Afin que Miguel te découvre, car les dieux n’ont pas choisi l’américain, mais se sont servi de lui pour rendre la mission possible, c’est bien cela petite Juanita ?
N’est ce pas petite fille ? Fière de montrer au monde la puissance et la sagesse de ton peuple…
N’est ce pas petite Juanita ?
Et maintenant, vois tu encore ces dieux que tu côtoyais ?
Es-tu encore près d’eux dans ta cage de verre réfrigérée du musée Santuarios Andinos d’ Aréquipa ?
Ou es tu à nouveau seule ?
Aurons-nous la réponse petite Juanita ?
Je te regarde…
Européenne venue de si loin, cinq siècles plus tard, et insatisfaite de tout ce savoir, je te demande, du plus profond de moi :
Qui es tu petite Juanita ?